L'école devrait être l'un des endroits les plus sûrs pour un enfant. Lorsque des allégations d'abus sont formulées au sein d'un établissement scolaire, la réponse doit aller au-delà des gros titres et des suspensions ; elle doit permettre de rétablir la confiance et de protéger chaque élève.
Les allégations d’abus sexuels impliquant des élèves de sexe féminin à l’école technique secondaire d’Obuasi ont une nouvelle fois soulevé une question difficile mais nécessaire : les écoles ghanéennes en font-elles assez pour protéger les enfants qui leur sont confiés ?
L’Association de la jeunesse ashanti (AYA) a exigé l’ouverture d’enquêtes urgentes, que justice soit faite et que les responsables rendent des comptes, à la suite d’informations faisant état d’agressions sexuelles et de viols présumés impliquant le proviseur de l’établissement, Zakaria Abdulai, et qui auraient touché 16 élèves de sexe féminin. Ces allégations font toujours l’objet d’une enquête, et aucune culpabilité n’a encore été établie à son encontre.
Le Service de l’éducation du Ghana a suspendu M. Abdulai, tandis que le ministre de l’Éducation a ordonné l’ouverture d’une enquête policière. Mais cette affaire dépasse le cadre d’un seul établissement, d’un seul responsable ou d’une seule enquête. Elle permet de vérifier si le système éducatif ghanéen est capable de faire passer la sécurité des élèves avant la réputation, la hiérarchie et le silence.
Pourquoi cette affaire dépasse le cadre d’Obuasi
Chaque parent qui envoie son enfant en internat fait un acte de confiance. Il fait confiance aux enseignants, aux responsables d’internat, aux administrateurs et aux autorités scolaires pour assurer non seulement l’éducation, mais aussi la bienveillance, la discipline et la protection.
Lorsque cette confiance est trahie, les conséquences ne se limitent pas aux victimes directes. Elles touchent d’autres élèves qui pourraient craindre de s’exprimer, des parents inquiets quant aux conditions de vie en internat, ainsi que des communautés qui comptent sur les écoles pour assurer la sécurité de leurs enfants.
L’affaire d’Obuasi n’est donc pas seulement un fait divers. C’est un avertissement sur ce qui peut arriver lorsque les systèmes de signalement sont défaillants, que les plaintes sont traitées avec retard ou que la protection des élèves est considérée comme une simple formalité administrative plutôt que comme une responsabilité quotidienne.
Le problème du silence
Dans de nombreuses écoles, les élèves peuvent hésiter à signaler des abus par crainte de ne pas être crus, d’être punis, d’être stigmatisés ou de subir des représailles. D’autres ne savent peut-être pas à qui s’adresser, surtout lorsque la personne accusée occupe une position d’autorité.
Ce silence peut permettre aux comportements répréhensibles de perdurer. Il peut également amener les victimes à se sentir isolées, honteuses ou responsables de ce qui leur est arrivé. L’AYA a souligné que les élèves concernés ne doivent pas être exposés à des intimidations, à des mesures de représailles, à une humiliation publique ou à des pressions visant à les dissuader de demander justice.
Les établissements scolaires doivent clairement faire savoir que le signalement des abus se fait en toute sécurité, en toute confidentialité et est pris au sérieux. Un élève ne devrait jamais avoir à choisir entre se protéger et préserver son parcours scolaire.
À quoi ressemble une école sûre ?
Une école sûre ne se définit pas uniquement par des murs élevés, des agents de sécurité ou des règles figurant dans un règlement. Elle se définit par sa culture : les élèves doivent avoir confiance dans le fait que les adultes les écouteront, agiront et les protégeront.
Chaque établissement scolaire doit disposer de politiques claires en matière de protection de l’enfance, d’un personnel formé et de canaux de signalement accessibles. Les élèves doivent savoir exactement à qui s’adresser s’ils ne se sentent pas en sécurité, et ils doivent pouvoir faire part de leurs inquiétudes sans craindre d’être blâmés ou exposés au regard des autres.
Les enseignants, les responsables de foyer et les administrateurs doivent également suivre régulièrement des formations en matière de protection de l’enfance. Ils doivent savoir reconnaître les signes avant-coureurs, traiter les révélations avec tact et signaler rapidement leurs inquiétudes aux autorités compétentes.
Le rôle de la direction de l’établissement
La direction joue un rôle essentiel. Un directeur, une directrice d’internat ou un directeur pédagogique n’est pas seulement responsable des résultats scolaires ; il est également responsable du bien-être des enfants qui lui sont confiés.
Lorsque des allégations sont formulées, les responsables doivent agir sans délai, consigner correctement les préoccupations et faire intervenir les institutions compétentes. Tout retard, tout déni ou toute tentative de gérer la situation en interne peut aggraver le préjudice et ébranler la confiance du public.
L’AYA a appelé à un examen minutieux de la conduite et des responsabilités de supervision des responsables scolaires et éducatifs, notamment pour déterminer si les règles des internats ont été respectées et si des signaux d’alerte ont été ignorés. Ces questions sont importantes car les défaillances en matière de protection sont rarement le fait d’une seule personne.
Le soutien doit passer avant tout
Pour les élèves qui osent se manifester, la première réaction doit être de leur apporter un soutien, et non de les interroger, de les blâmer ou de les exposer au regard du public. Ils ont besoin d’un accompagnement psychologique confidentiel, d’une prise en charge médicale si nécessaire, de conseils juridiques et d’une protection contre les représailles.
La vie privée des mineurs doit être protégée à chaque étape. Les médias, les utilisateurs des réseaux sociaux et les membres de la communauté doivent s’abstenir de diffuser des noms, des images ou des détails permettant d’identifier les victimes présumées.
La justice doit également être rapide. Lorsque les affaires s’éternisent, les victimes risquent de perdre confiance dans le système, les témoins peuvent se montrer réticents et les communautés peuvent en conclure que le fait de signaler des abus ne change rien
Un test pour le système éducatif
Les allégations concernant l’école SHTS d’Obuasi ne doivent pas devenir une énième affaire qui s’estompe après quelques jours d’indignation. Elles doivent déboucher sur des réformes concrètes : des systèmes de signalement plus efficaces, une meilleure formation, un contrôle indépendant et des sanctions pour ceux qui manquent à leurs devoirs envers les enfants.
Les écoles ghanéennes peuvent être des lieux d’opportunités, de discipline et d’espoir. Mais cette vision n’est crédible que si les élèves sont protégés physiquement, émotionnellement et psychologiquement.
La véritable valeur d’un système éducatif ne se mesure pas seulement à sa capacité à enseigner aux enfants, mais aussi à celle de les protéger.